Le calice de saint François de Sales

L'une des pièces les plus émouvantes du trésor salésien, conservée par la famille de Roussy de Sales au château de Thorens, est sans conteste le calice ayant appartenu à saint François de Sales, prince-évêque de Genève et Docteur de l'Eglise.
 

Le calice de saint François de Sales

Ce calice, en argent richement ciselé, mesure 24 centimètres de hauteur ; son pied mesure quant à lui 17 centimètres de diamètre.

Le bol, enchâssé dans le contre-bol, est en vermeil. Le contre-bol, à sommité dentelée, comporte quatre réserves ovales sur lesquelles sont représentés les quatre Evangélistes accompagnés de leurs attributs respectifs (le trétramorphe) :
 

  • Saint Jean est assis au flanc d'une montagne, tenant un livre dans une main, tandis que de l'autre il désigne le texte. Un aigle est posé à ses pieds.
  • Saint Luc est assis, tenant un livre dans ses mains. Il fait face à un bœuf dont on ne voit que la tête.
  • Saint Marc assis, tenant un vélin étendu sur ses genoux. Un lion vu de face est à ses pieds.
  • Saint Mathieu est vu de profil. Il désigne un ange lui faisant face.

Les quatre Evangélistes sont les principaux témoins de la vie du Christ. Leurs Evangiles rapportent les actes et les paroles de Jésus, sa vie, son supplice sur la Croix, sa mort et sa Résurrection. En ce début du XVIIème siècle religieusement tourmenté, saint François de Sales se considère, lui aussi, comme un témoin du Christ et de la foi catholique. Ce témoignage se manifeste bien entendu lors de l'Eucharistie. Ainsi apparaît-il logique que les quatre Evangélistes fassent partie de l'iconographie que le prince-évêque de Genève a souhaité voir figurer sur son calice.

Le pommeau du pied est renflé afin de pouvoir présenter, dans quatre réserves, ovales elles aussi, les quatre Pères de l'Eglise catholique :

  • Saint Ambroise (340-397) est revêtu de ses ornements épiscopaux. Il est assis dans un fauteuil et lit un livre désigné par un enfant. Au-dessus, est représenté un cœur percé de deux flèches symbolisant l'amour divin.
  • Saint Augustin (354-430), lui aussi revêtu de ses ornements épiscopaux, est représenté écrivant sur ses genoux. A côté de lui est placée une table couverte d'un tissu sur laquelle est un encrier est posé. Ce décor symbolise sa puissance théologique.
  • Saint Grégoire le Grand (540-604) est assis devant un pupitre supportant un gros volume. Il pose une main sur ce livre, tandis que de l'autre il tient la croix papale (croix triple). Sa tête barbue est surmontée de la tiare pontificale à trois couronnes.
  • Saint Jérôme (347-420), assis dans un fauteuil, penché sur un pupitre, traduit la bible en latin (la Vulgate). Du regard, Jérôme fixe le crucifix placé devant lui. Un lion, symbole du pouvoir, garant de la sagesse et de la justice du pouvoir spirituel, représenté de face, est couché aux pieds de saint Jérôme.

La doctrine de saint François de Sales fait très souvent référence à celle de saint Augustin. A de nombreuses reprises, dans ses différents ouvrages, dans ses discours et dans ses sermons, François de Sales cite ce Père de l'Eglise dont on sait que l'influence sur la théologie de l'Eglise catholique est primordiale. Ainsi, les quatre Pères de l'Eglise était généralement représentés ensemble, leur présence sur le pommeau de ce calice s'explique-t-elle.

Le pied du calice est formé de six lobes historiés. Trois d'entre eux présentent une tête de chérubin, chacune de ces trois têtes étant différente des deux autres. Les chérubins symbolisent l'omniprésence et l'omniscience de Dieu dans l'ordre supérieur des entités célestes. Ces trois lobes encadrent des scènes de la Passion du Christ ciselées sur les trois autres lobes.

  • Un lobe figure le Christ crucifié sur la Croix. De part et d'autre sont représentés la ville de Jérusalem et le Golgotha, lieu du supplice du Christ.
  • Un autre lobe montre les instruments du supplice du Christ : la colonne à laquelle il fut lié ; le fouet ; le coq qui chanta après le reniement de saint Pierre ; la main qui a giflé Jésus ; la fascine de bois pour le réchauffement de saint Pierre et des gardes ; la lanterne portée par le soldat qui avait arrêté Jésus au jardin de Gethsémani ; la toupie avec laquelle les soldats s'amusaient dans le prétoire du gouverneur romain ; le plateau et la cruche avec laquelle Ponce Pilate se lava les mains.
  • Le dernier lobe expose les instruments de la crucifixion : l'éponge imbibée de vinaigre présentée au Christ crucifié ; la lance tenue par le soldat chargé de percer son cœur ; l'échelle ayant servi à le descendre de la Croix ; le calice de souffrance à boire jusqu'à la lie ; les clous du crucifiement ; le marteau croisé avec le sabre ; des gouttes de sang ; les tenailles et le marteau pour arracher les clous ; l'oreille coupée du serviteur du grand prêtre ; le tombeau1 sur le rebord duquel est posé le linceul.

Lors d'une messe, l'instant de l'Eucharistie permet aux chrétiens de revivre la Cène (l'ultime repas que Jésus partagea avec ses apôtres) qui est l'un des épisodes de la Passion du Christ précédant la Crucifixion, c'est-à-dire le moment au cours duquel Il donna sa vie par amour des hommes. Au cours de cette célébration de l'Eucharistie, le vin contenu dans le calice devient, par transsubstantiation, le sang du Christ : "Par la consécration du pain et du vin s'opère le changement de toute la substance du pain en la substance du corps du Christ notre Seigneur et de toute la substance du vin en la substance de son sang ; ce changement, l'Eglise catholique l'a justement et exactement appelé transsubstantiation" (Concile de Trente, cité dans l'encyclique Ecclesia de Eucharistia, 2003, chap. 1 §15). Le prêtre, en tant que témoin et messager du Christ, invite les chrétiens à commémorer sa Passion lors de la célébration de l'Eucharistie. Ainsi, la figuration de la Passion du Christ sur trois des six lobes du pied de son calice apparaissait logique aux yeux de saint François de Sales.

Deux poinçons sont apposés sous le calice. L'un est un poinçon de reconnaissance frappé aux armes de la ville de Salins (p. d'or à la bande de gueules). L'autre est le poinçon de maître orfèvre Jean Perret dit Parent sur lequel on voit un cartouche contenant les initiales "J" et "P" surmonté de la lettre "S". En Franche-Comté, particulièrement à Salins, existait, depuis le XVème siècle, une puissante corporation d'orfèvres parmi laquelle la famille Perret se distingua, depuis le XVIème siècle jusqu'au XVIIème siècle.

Jean Perret a travaillé entre 1559 et 1631 ; il a gravé des médailles, exécuté des travaux d'orfèvrerie pour la ville de Dôle et sa Sainte Chapelle, fournissant des vases sacrés, des calices, des statues et des reliquaires en argent ciselé.

Ce calice a traversé les tourmentes qui ont marqué l'histoire de la Savoie, grâce à la constante dévotion de la famille de Sales. En ce qui concerne la période post-révolutionnaire, le comte Eugène de Roussy de Sales (1822-1915) l'avait protégé par un épais étui de cuir permettant un transport aisé. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, il fut confié au curé-archiprêtre de Thorens, Marius Pagnod, qui l'avait caché dans le calorifère de son église paroissiale. En 1952, lorsque le comte Jean-François de Roussy de Sales (1928-1999) revint au château de Thorens, il fit restaurer le calice de saint François de Sales, car le pied du vase sacré était écrasé. Ce travail de restauration fut confié au maître orfèvre Monsieur Toulouse, de Paris.

A la disposition des autorités ecclésiastiques

A présent, il est à la disposition des autorités ecclésiastiques, notamment lors des fêtes de saint François de Sales. Ce calice est prêté régulièrement à l'évêque d'Annecy, ainsi qu'aux curés des paroisses de Thorens et de La Roche-sur-Foron. En certaines occasions, il est aussi prêté à des prêtres proches de la famille de Roussy de Sales.

En 1958, lors d'une visite au château de Thorens, le calice de saint François de Sales fut prêté au patriarche de Venise, le cardinal Roncalli. Quelque temps plus tard, le 28 octobre 1958, Mgr Roncalli fut élu pape et prit le nom de Jean XXIII. Saint Jean XXIII désormais.

Plus proche de nous, le 7 octobre 1986, sur l'esplanade du Pâquier à Annecy, le pape saint Jean-Paul II, marchant lui aussi dans les pas de saint François de Sales, célébra sa messe pontificale avec le calice du Docteur de l'Amour. Cette messe solennelle fut célébrée devant soixante mille fidèles. Le pape concélébra cet office votif à saint François de Sales en présence de quatre cardinaux, soixante évêques, quatre cents prêtres et six cents choristes.

A l'occasion des célébrations du IVème centenaire de la fondation de l'Ordre de la Visitation (1610-2010), par saint François de Sales et sainte Jeanne de Chantal, le calice de l'auteur du Traité de l'Amour de Dieu fut prêté à plusieurs prélats français, outre Mgr Boivineau, évêque d'Annecy : le cardinal Paul Poupard, président émérite du Conseil pontifical pour la culture au Vatican ; le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon et Primat des Gaules ; le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris ; le cardinal Bernard Panafieu, archevêque métropolitain émérite de Marseille ; Mgr Pascal Roland, évêque de Moulins.

 

Texte : Jean-François de Roussy de Sales & Gilles Carrier-Dalbion.
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Reportage : la visite et la messe du Bienheureux Jean-Paul II, Annecy, mardi 7 octobre 1986.



1 - Le tombeau est vide, symbolisant ainsi le Christ ressuscité.

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